Tu as des orties au fond du jardin et tu les arraches en pestant ? Erreur : c’est un des meilleurs engrais du potager, et il est gratuit. Le purin d’ortie est un extrait fermenté riche en azote qui dope la croissance de tes légumes et renforce leurs défenses. Voici la recette qui fait consensus, les bons dosages par culture, et l’astuce qui t’évite la corvée de filtrage.

C’est quoi le purin d’ortie, et à quoi ça sert ?

Le purin d’ortie est le jus obtenu en faisant fermenter des orties dans l’eau. En se décomposant, les feuilles libèrent leur azote et leurs minéraux, qui deviennent directement assimilables par les plantes. Résultat : un engrais liquide qui stimule la croissance, verdit le feuillage et donne du tonus aux jeunes plants. Utilisé dilué sur les feuilles, il a aussi un effet répulsif préventif contre les pucerons.

C’est l’intrant maison par excellence : zéro chimie, matière première gratuite, et un cercle vertueux — tu transformes une « mauvaise herbe » en nourriture pour ton potager.

Quelles orties récolter, et quand ?

Les deux orties communes font l’affaire : la grande ortie (Urtica dioica), vivace qui monte de 50 cm à 1 m, et la petite ortie (Urtica urens), annuelle et plus basse. Récolte-les avant leur montée à graines — de grandes feuilles bien fraîches, et pas de graines qui viendraient s’inviter dans ton mélange puis dans ton jardin.

Un détail qui explique tout : l’ortie est un bio-indicateur de sol riche en azote. Si elle pousse spontanément et vigoureusement quelque part, c’est le signe d’un terrain fertile — et c’est précisément cet azote qu’elle concentre dans ses feuilles, puis qu’elle restitue à tes légumes une fois fermentée. Rien d’étonnant, donc, à ce que son purin soit d’abord un engrais « coup de fouet ».

Comment faire son purin d’ortie ?

La recette qui fait consensus tient en une proportion simple : 1 kg d’orties fraîches pour 10 L d’eau de pluie (ou une eau non chlorée — le chlore neutralise la fermentation ; une eau du robinet reposée 24 h passe). Prends des orties avant leur montée à graines, sinon tu risques d’en semer partout, et travaille dans un récipient non métallique (plastique, bois, terre cuite) : le métal réagit avec l’acidité du purin.

  1. Coupe les orties en morceaux grossiers pour accélérer la fermentation.
  2. Glisse-les dans un filet (filet à pommes de terre ou voile anti-insectes) avant de les immerger — c’est l’astuce signature : le filet pré-filtre, facilite le brassage, et en fin de course tu retires tout d’un geste, résidus directs au compost.
  3. Immerge dans les 10 L d’eau, les orties bien recouvertes.
  4. Remue chaque jour avec un bâton pour faire remonter les gaz.
  5. Garde à l’ombre, entre 18 et 20 °C idéalement (tolérance 15-25 °C). En dessous de 15 °C c’est plus lent, au-dessus de 25 °C la fermentation s’emballe.
  6. Couvre sans fermer hermétiquement (un voile, une moustiquaire) : l’air circule, les insectes restent dehors.

Comment savoir que le purin est prêt ?

Le signal n°1, unanime : il n’y a plus de mousse quand tu remues. L’odeur est franchement montée, et plus aucune bulle ne remonte à la surface. Compte 10 à 15 jours en moyenne, et jusqu’à une vingtaine de jours si tu travailles autour de 20 °C avec le critère strict des bulles.

Ne dépasse pas ce stade : un purin qu’on oublie continue d’évoluer et perd de son intérêt. Dès qu’il est prêt, on filtre et on stocke.

À quelle dose et à quelle fréquence l’utiliser ?

La règle de base pour la fertilisation : une dilution à 10 %, soit 1 L de purin filtré pour 10 L d’eau. Jamais pur — la brûlure des racines est garantie. Ensuite, chaque légume a ses besoins :

Culture Dose (dilué à 10 %) Fréquence
Tomates, aubergines, poivrons 1 L / m² Tous les 15 j, plantation → floraison
Concombres, cornichons 1,5 L / pied Tous les 15 j
Choux 1 L / m² Tous les 10 j (ils adorent l’azote)
Betteraves, carottes 1,5 L / rangée d’1 m 1 × par mois
Salades, radis 0,5 L / rangée d’1 m 1 × au début, puis stop
Pommes de terre 1 L / rangée d’1 m Tous les 15 j jusqu’à floraison

Deux repères pour ne pas te tromper : les légumes-fruits (tomate, courgette, concombre) en profitent surtout avant la floraison, après quoi il vaut mieux passer à un apport plus riche en potasse. Et les légumes-feuilles rapides (salade, radis) n’en veulent qu’une fois : trop d’azote les fait monter en graines au lieu de pommer.

Engrais ou répulsif ? Les deux, selon la dilution

Le purin d’ortie est d’abord un engrais azoté : c’est son usage principal, à 10 %, en arrosage au pied. Mais il a un second rôle. Dilué plus légèrement, à 5 % (0,5 L pour 10 L) et pulvérisé sur le feuillage, il agit en répulsif préventif contre les pucerons, et sert aussi à tremper les racines avant repiquage pour stimuler l’enracinement.

Pour la pulvérisation répulsive, un protocole propre : le matin tôt ou en fin de journée (jamais en plein soleil, risque de brûlure), un test préalable sur une feuille, et tous les 15 jours maximum. Astuce d’adhérence : une cuillère à soupe de savon noir dans le pulvérisateur aide le purin à accrocher au feuillage.

À retenir : c’est un stimulant et un préventif, pas un traitement curatif. Si tes plantes sont déjà envahies de pucerons, le purin ne les éliminera pas — il aide à ce que ça n’arrive pas. Une position plus concentrée existe (dilution à 20 % pour un coup de fouet ponctuel au printemps), mais la règle absolue reste la même : jamais pur.

Dernier usage souvent oublié : dilué à 10 %, le purin d’ortie est un excellent activateur de compost. Arrose ton tas une fois par mois — l’azote relance la décomposition des matières les plus grossières.

Comment le conserver (et gérer l’odeur) ?

Un purin bien filtré se garde longtemps. Stocke-le dans un bidon hermétique et opaque, au frais (5-10 °C, une cave est parfaite) et à l’abri de la lumière : il tient plusieurs mois, jusqu’à un an. Étiquette-le avec sa date de fabrication.

Pour le point qui fâche — l’odeur — deux astuces : une poignée de poudre de roche ou de basalte dans le mélange la limite nettement ; quelques feuilles de consoude ou de fougère l’atténuent aussi, tout en enrichissant le purin en potassium.

Petit calcul malin pour les régions fraîches : fabrique ton purin en automne (septembre-octobre), quand il fait encore 15-18 °C, plutôt qu’au démarrage du printemps où ça sent fort sous tunnel et où tu en as besoin tout de suite. Un purin fait maintenant sera prêt à l’emploi pour toute la saison prochaine.

Le purin d’ortie s’intègre dans une logique de sol vivant, aux côtés du paillage et du compost. Trois gestes gratuits qui, mis bout à bout, remplacent la plupart des engrais du commerce.